Les voyages immobiles… … de Martine Madelaine-Richard

26 avril 2026

Le Trapel

Pour l’Herbier de poésies, Adamante  propose à notre inspiration la photo ci-contre:

.

Sous les saules pleurant une sève gommeuse, il serpente, nonchalant, entre vignes et jardins…

Assise au bord du lit de cette onde voyageuse, cachée parmi les herbes, j’écoute sa musique.

.

Journée estivale-

O Temps suspend ton vol

sur ma nonchalance

.

Le Trapel clapote, glougloute, gargouille, trahit quelques secrets de sa mémoire liquide. Ce courant murmurant glisse entre mes doigts, caressant, apaisant, miroitant de souvenirs :

Soupirs mélancoliques d’une blonde patricienne attendant languissamment son général romain…

Commérages volubiles, claquements de battoirs autour des lessives des lavandières d’antan…

Naïves complicités construisant un moulin de boue et de cailloux, éclaboussé des rires de pêcheurs enfantins…

.

Reflets argentés-

confidences aquatiques

à mes pensées bleues

.

Après maints méandres, le ruisseau grandit, abandonne la fraîcheur ombrée des bois pour parcourir la plaine ensoleillée. Flamboyant de lumière, avoines et coquelicots dansent sur le tempo jeux d’eaux de Debussy…

.

Un martin-pêcheur-

ondoiements truites et goujons

éclaboussures!

.

Martine Madelaine-Richard

https://martinemrichard.fr/blog

 

19 avril 2026

Iris par tous les temps

.

Ah ! Mes chers iris !

Le premier à sourire est ce blanc, blotti contre la douce écorce de l’arbre de Judée.

.

Iris dans le vent-

captif de leurs falbalas

reste de névé

.

A deux sauts de puce s’épanouit, timide, un lilliputien. Il n’a rien à envier à ses frères Germanica.

Portant en lui la fraîcheur des glaciers, ce Tom-Pouce apprécie la chaleur du soleil.

.

Météo grognonne-

le bleu du ciel réfugié

au cœur de l’iris

.

Rose nonchalance pour cette superbe association. Profitant de la protection dorée du genêt, voici une fleur qui prend son temps. Elle attend fin mai pour nous offrir son teint abricoté, ses reflets prune d’Ente. L’éclat minium de la barbe séduit papillons et abeilles… Comment lui résister ?

.

Ivresse au soleil-

l’iris jubile tandis que

l’abeille trime

.

MMR ( tous droits réservés)

23 novembre 2025

Images de vacances

Météo pourrie-

quand l’estomac parle, on l’écoute!

maxime d’aigrette

Ciel bleu aquarelle-

sur la plage désertée

un rêve s’attarde

Lézard sur la marche-

trop plein de soleil brûlant

je lézarde aussi

Lever agla! gla!-

Une touriste en short et

un vol d’aigrettes

Dimanche pluvieux-

tout le soleil du jour dans

l’assiette de chips

Clin d’œil de Phébus-

il est temps de commander

un plateau d’huîtres

.

MMR ( tous droits réservés)

 

2 novembre 2025

Le ciel ou le fruit?

Pour l’Herbier de poésies, Adamante propose à nos imaginations  la photo d’une œuvre d’Arnaud, le fils de Marine D

Adamante a une préférence pour la poésie japonaise (haïku, tanka, haïbun) ou, à défaut, de la poésie libre.  Ci-dessous, ce que la peinture d’Arnaud m’a inspiré:

.

Le ciel ou le fruit?

Aenor hésite , regardant alternativement: à droite, sa robe en brocart de soie, un azur surbrodé de fleurs argentées;  à gauche, une merveille en mousseline de soie couleur pêche. Une vraie plume! Au contraire de la première, très luxueuse mais tellement lourde. Indécision! O ennemie!

.

Le ciel ou le fruit?

indécis, le cœur balance

entre deux beautés

.

Il y a bal ce soir au château. Le roi a décidé qu’il était temps de marier sa fille.  Aussi, Aenor  se doit d’être éblouissante, renversante, époustouflante! Elle a décidé d’éblouir  le beau Maric de Lasserre

Le ciel ou le fruit?

Au diable le luxe! La princesse, qui de tout temps privilégie sa liberté de mouvement ( au sens propre comme au sens figuré), adopte la légèreté de la robe rose

.

Piège ensorceleur-

musique, sourire et

rouerie féminine

.

MMR ( tous droits réservés)

 

26 octobre 2025

Brinztap

Pour la page 249 de l’Herbier de poésies,  Adamante nous propose d’écrire  en nous inspirant de sa photo ci-dessous:

.

Petit, bedonnant, rougeaud, des yeux ronds et noirs, le nez court en trompette surplombant une large bouche aux deux tiers édentée, aussi chevelu qu’un œuf, tel est Brinztap, un fou de musique.

Ce nain, de la tribu des Brinz, vit un peu à l’écart des membres de son clan. Et pour cause: ces derniers ne supportent plus le vacarme que leur frère a le toupet de nommer mélodie.

.

Musique! O musique-

nul n’est prophète en son pays

pauvre incompris

.

Brinztap est une heureuse nature, invariablement gai, toujours prêt à rendre service. C’est le meilleur des compagnons. Tout le monde l’aime en dépit d’un terrible défaut: son amour immodéré de la musique. Enfin, si l’on peut nommer cela musique! Brinztap, à l’aide de quelques pierres, de formules magiques et d’un peu d’eau chipée à la source chantante, a créé un instrument bizarre, brillant, lisse, aux nuances changeantes de bleu sidéral. Celui-ci réagit au toucher plus ou moins prononcé de son inventeur. S’élèvent alors des sons tantôt aigus, stridents; tantôt caverneux, sépulcraux. Les yeux à demi fermés, Brinztap sourit de bonheur en composant son hymne à la vie sylvestre. Tandis que tout le monde se bouche les oreilles en lui hurlant d’arrêter le massacre.

.

Sous les étoiles-

en compagnie des grillons

accords discordants

.

MMR ( tous droits réservés)

12 octobre 2025

Cent fleurs étincelles

Pour la page 248 de lHerbier de poésies, Adamante nous propose d’écrire sur sa photo ci-dessous:

 

 

.

La sorgue*, obligeante,

Tend au Maître du feu

Un parchemin occulte

Frémissant d’impatience.

.

A lui d’ensemencer

Dans un berceau argent

Cent fleurs étincelles

Piquées de lucioles.

.

MMR ‘ tous droits réservés)

* Sorgue: autre nom de la nuit

 

 

 

24 août 2025

Le discoglosse peint

Le discoglosse peint est un  crapaud commun appartenant à la famille des alytidae C’est l’amphibien le plus répandu d’Europe.

Vivant principalement dans le sol, il ne sort que la nuit. J’ai eu une sacrée chance de découvrir celui-ci au pied de mon talus. Il a d’ailleurs vite fait de se glisser hors de vue. C’est l’unique fois où j’en ai aperçu un.

Il se nourrit essentiellement d’insectes, d’invertébrés capturés grâce à sa langue visqueuse. C’est donc une excellente aide pour le jardinier.

Durée de vie: 10 ans!

.

Avril au jardin-

entre pelouse et massif

un crapaud effarouché

.

MMR ( tous droits réservés)

Merci à Lucie qui a corrigé mon erreur d’identification

11 mai 2025

Rose

 

La petite maison rose
Rose
Bouton de rose sur l’avant seuil de l’hiver
Par la rousseur des arbres enclose
La petite maison rose
Rose
Joyau solitaire posé sur satin vert
Oubliée du temps métamorphose

.

.

Les doigts roses de l’aube

Caressent l’instant subtil

Celui secret du jour

Radieux d’espérances…

 

 

MMR ( tous droits réservés)

Poème écrit le 11/05/2018. Cette petite maison se trouve au bord du Bassin d’Arcachon.

 

9 février 2025

Les humeurs du ciel

L’aube orange

gomme

une nuit blanche

.

Aurore glacée-

même mon ombre frisonne

retour sous la couette

.

Les doigts roses de l’aube

Caressent l’instant subtil

Celui secret du jour

Radieux d’espérances

Mandarine et citron

ce matin

le regard du chat

.

Déchirure de cristal

La cloche de l’église

Tambourine à mes rêves

.

A pas de loup

A l’avant jour

Lorsque la nuit traîne dans les coins

Quel délice ce petit tour

Dans la fraîcheur de mon jardin

.

Dans un thé bien chaud

dissoudre

ma paresse

Aurore lilas-

le chahut des étourneaux

musèle la cloche

.

Point du jour cerise-

les cymbales du soleil

fracassent le somme

.

MMR ( tous droits réservés)

2 février 2025

Nocturne

Pour la page 243 de l’Herbier de poésies, Adamante, nous propose d’écrire sur une de ses récréanotes. Ci-dessous ce que cette photo m’a inspiré:

.

C’est une nuit estivale particulièrement chaude. Aenor se tourne et retourne dans son grand lit à baldaquin vide, si vide. Elle n’en peut plus et, excédée, tente de libérer ses jambes prisonnières des draps humides. En soupirant, la jeune femme se lève, va à la croisée grande ouverte.  Respirant profondément, tout en ôtant sa chemise devenue inconfortable, elle contemple le magnifique ciel marine.

.

Nuit caniculaire-

au diable les dentelles

se vêtir de lune

.

A demi cachée par le fin voilage soyeux n’occultant guère la fenêtre, sa nudité se pare de teintes bleues, rouges, violines. C’est irréel et fort seyant.  « Dommage de ne pouvoir se promener ainsi », pense-t-elle. Aenor imagine en pouffant la tête des gardes du château paternel.

Le pâle reflet argenté lunaire joue sur sa peau par tissu interposé. La princesse agite bras et cheveux telle une zingarelle* voluptueuse. Dehors, criquets et grillons rythment son balancé sensuel.

.

Fantaisie nocturne-

trémoussements lascifs

la nuit pour témoin

.

MMR (tous droits réservés)

* zingarelle: jeune tzigane, bohémienne.

Merci pour tous vos commentaires qui m’ont fait énormément plaisir.  J’aime parler de cette période du Moyen âge! 🙂

Older Posts »

Powered by WordPress